La Grande Lessive

Cuvier en chêne-liège brûlé devant des draps suspendus
  • RubriqueInstallation, Recherche, Objets
  • Année2023–2024
  • CadreProjet DNSEP, ÉSAD de Valenciennes
  • PhotosYalhma Robette
  • LieuLa Garde-Freinet, Var (83)

À la suite d’une enquête de territoire du massif des Maures, je me suis intéressée à la présence des chênes-lièges et à leur capacité à résister aux feux de forêt. « La Grande Lessive » questionne la dualité entre deux éléments : d’abord le feu, par ces arbres qui symbolisent sécheresse, résistance et aussi savoir-faire ; puis l’eau, autant par son absence que par sa présence et son usage, particulièrement avec la coutume de laver le linge.

L’idée est de raconter ce patrimoine sous la forme d’une installation sensible dans l’espace public. En souhaitant rapprocher sensiblement les habitant·es de leurs territoires, j’ai repris les codes de la grande lessive comme les objets : un cuvier, un battoir, une caisse, des épingles et des draps. J’ai ranimé ces objets oubliés en les recréant en chêne-liège brûlé.

Ces objets vont être réintégrés dans l’espace public pour être activés. C’est le prétexte pour rencontrer de nouveau les habitant·es de la Garde-Freinet, dans un premier temps en installant les draps où est gravée l’histoire du territoire, dans un second temps en activant ces objets pour créer des cartographies sensibles.

Les draps sont le récit d’une recherche ancrée sur le territoire du massif des Maures. Chaque drap aborde un sujet sur l’histoire actuelle ou passée du territoire : les incendies, l’industrie du liège et la place des femmes dans celle-ci, le lavoir comme lieu social, la grande lessive, ainsi que la vie politique de la Garde-Freinet. Pour sensibiliser à la question des incendies, j’ai voulu partager l’histoire du territoire en brûlant le tissu des draps, grâce à la découpeuse laser.

Pensés comme supports d’informations et d’échange, les draps seraient installés temporairement dans l’espace public. Des mouchoirs y sont posés, comme des pages blanches destinées à accueillir le témoignage des habitant·es grâce à une machine à écrire. Celles et ceux qui souhaitent partager un souvenir, un récit, une anecdote sont invité·es à l’écrire sur ces mouchoirs, qui symbolisent un linge plus personnel. L’objectif est d’enrichir la recherche, de ne pas la figer et de l’ouvrir aux histoires des habitant·es. C’est une manière de rendre vivant un patrimoine oublié.

Les objets pour laver le linge deviennent des outils pour créer une cartographie sensible de leurs territoires. À partir de fonds de cartes sérigraphiés sur des draps et des taies d’oreiller, les habitant·es peuvent représenter un incendie, une inondation ou une situation plus générale. Chaque objet, créé en chêne-liège brûlé lors des incendies de 2021 dans le massif des Maures, permet de dessiner un élément de la carte. Ces moments d’activation ont pour objectif d’amener le public à envisager son territoire différemment. Pour adopter un rapport sensible à l’environnement, il faut faire appel aux émotions déjà ressenties, et donner de la valeur à celles qui arriveront dans notre futur.

Ce diplôme m’a fait découvrir l’histoire du chêne-liège et sa capacité à résister au feu, mais également la double présence du feu et de l’eau dans les imaginaires du massif : le lavage du linge, la sécheresse, l’incendie.

Les draps

Chaque drap aborde un sujet de l’histoire du territoire, gravé à la découpeuse laser. Les témoignages s’y ajoutent, tapés à la machine à écrire sur des mouchoirs.

Drap gravé de l'histoire du territoire suspendu au-dessus d'une table
Un drap gravé de l’histoire du territoire
Vue de l'installation : le battoir, le cuvier et la caisse devant les draps suspendus
L’installation : le battoir, le cuvier et la caisse devant les draps
Des draps gravés suspendus les uns derrière les autres
Les draps gravés de l’histoire du territoire
Un drap gravé suspendu dans la salle
Un drap suspendu
Un mouchoir portant un témoignage tapé à la machine, posé sur un drap
Un mouchoir et son témoignage tapé à la machine

Les objets, outils de cartographie

Chaque objet, en chêne-liège brûlé lors des incendies de 2021, permet de dessiner un élément de la carte.

Caisse en chêne-liège brûlé posée sur un drap
La caisse, revisitée en pochoir : aspergé de potasse, le drap révèle la topographie du territoire
Battoir en chêne-liège brûlé posé sur une carte
Le battoir, devenu tampon : sa trace en flèche représente la direction du vent
Une personne verse de l'eau sur les parois du cuvier, au-dessus d'une carte
Le cuvier : l’eau chargée de liège brûlé dessine l’érosion qui suit un incendie
Linge suspendu par des épingles, portant une carte sensible en jaune
Les épingles et une carte sensible